Le titre complet du dernier Peste Noire est La Sanie des siècles - Panégyrique de la dégénérescence. Cet album marque le retour de Neige au sein du groupe en tant que guitariste rythmique et l'incoporation d'un batteur et d'un bassiste à part entière, respectivement Winterhalter et Indria. Famine assure toujours les vocaux et la guitare solo - et ce n'est pas peu dire.
L'album s'ouvre par une valse malsaine et dépressive, ponctuée de solos envahissants, judicieusement nommée "Nous sommes fanés". Le rythme est assez inédit pour du BM, c'est dommage que les solos gâchent tout. Et je touche du doigt ce qui constitue l'un des principaux défauts de cet album à mon goût: sur la plupart des morceaux on a presque l'impression d'entendre un guitar hero s'amuser à s'entraîner au tapping sur son album.
On retrouve trois titres des précédentes démos, réenregistrés pour l'album: "Le mort joyeux", "Spleen" et "Phalènes et pestilence - salvatrice averse". Les deux premiers sont assez similaires aux versions précédentes, mais le son est trop poli et propre pour que l'ambiance soit au rendez-vous. Les guitares rythmiques sont mixées trop en retrait, écrasées par les solos, et manquent cruellement de saturation. Les parties de batterie sont carrées et pro, mais du coup on sent moins la rage et la spontanéité. Il suffit de comparer les breaks pour s'en rendre compte.
"Phalènes et pestilence - salvatrice averse" est le titre le plus long de l'album, approchant les 11 minutes, commençant par des parties de guitare accoustique fouillées et finement jouées. Un orgue fait son apparition sur ce morceau, où les superpositions électrique/accoustique alternent avec des riffs plus sombres. Le tout sonne plus comme du Ulver que du BM satanique ou dépressif. De bonnes mélodies, quand on est épargnés par le déluge de solos.
"Laus tibi domine" est lent comme une marche funéraire, jusqu'à atteindre une apothéose déchaînée presque euphorique vers la fin du morceau. Le début de "Retour de flamme" est peut-être le passage qui a le plus choqué mes oreilles de l'album: ces horribles cris de castrat, qui sembleraient être l'oeuvre de Neige, que je trouve du plus mauvais goût - comme cet extrait de messe à la fin de "Deuil angoisseux", qui suscite une hésitation entre le rire et la honte. Pourtant "Deuil angoisseux" est un morceau mid-tempo entraînant et nostalgique, avec Neige en invité aux vocaux et une intro réussie. Les parties de batterie du dernier morceau, "Des médecins malades et des saints séquestrés", sont également assurées par Neige, la lourdeur du son et de l'ambiance s'en ressentent. Ce titre rappelle Macabre Transcendance, tant musicalement que thématiquement. Il met en valeur l'un des principaux points forts de l'album, à savoir le chant écorché vif de Famine. Les paroles, qui sont également l'oeuvre de Famine, montrent un certain talent.
Personnellement j'ai toujours trouvé que Peste Noire devenait de moins en moins bon, et cet album ne m'a pas fait changer d'avis. Il semblerait que le format démo et la saleté de la production soient indispensables pour alimenter l'ambiance particulière dégagée par ce groupe, et la production de l'album, la multiplication des solos - qui sont pourtant sa marque de fabrique - contribuent à mon sens à défavoriser sa musique.
Pour ceux qui n'ont jamais entendu Peste Noire, cette chronique risque de ne pas beaucoup les renseigner. Disons pour résumer que Peste Noire joue un BM traditionnel assez mélodieux et technique, ponctué de solos heavy-thrash presque progressifs, et chante des textes en français inspirés par le romantisme du XIXème siècle (principalement Baudelaire), exploitant une thématique satanazie. Si vous voulez mon avis, privilégiez les démos les plus vieilles possibles.
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